De l’Incipit à l’Explicit
Les incipit ont toujours fait les délices des amoureux de lettres. C’est toute la substance et la saveur d’une oeuvre qu’on entrevoit lorsqu’on apprend par coeur, qu’on se répète ou que l’on cite les phrases d’ouverture de romans ; Les incipit sont ainsi, ils surgissent souvent des profondeurs de l’esprit littéraire collectif pour accompagner une pensée ou un sentiment, pour prêter sa plus belle musique à un instant particulier.
Ainsi, Lolita,
“Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises, contre les dents. Lo. Lii. Ta.”
étonnamment aussi efficace en français que dans sa version originale,
“Lolita, light of my life, fire of my loins. My sin, my soul. Lo-lee-ta; the tip of the tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth. Lo. Lee. Ta.
She was Lo, plain Lo in the morning, standing four feet ten in one sock. She was Lola in slacks. She was Dolly at school. She was Dolores on the dotted line. But in my arms she was always Lolita.”
Moby Dick , simple et définitif
“Call me Ishmael”
Et puis tous ceux que l’on découvre à l’âge de l’adolescence et qu’on ne quitte plus jamais, depuis A la recherche du temps perdu
“Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire: “Je m’endors.” Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait; je voulais poser le volume que je croyais avoir dans les mains et souffler ma lumière; je n’avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier; il me semblait que j’étais moi-même ce dont parlait l’ouvrage: une église, un quatuor, la rivalité de François Ier et de Charles-Quint.”
jusqu’à L’Etranger,
“Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas”
Sans oublier Aden-Arabie,
“‘J’avais vingt ans et je ne laisserais à personne le droit de dire que c’est le plus bel âge de la vie”
les exemples ne manquent pas.
Qu’en est-il pourtant des explicits, parfois incorrectement nommés excipits, c’est à dire des dénouements de ces oeuvres ? On les connaît beaucoup moins, on se les remémore peu et pour ainsi dire, l’on serait bien en mal d’en citer plus de deux ou trois. Certes, c’est assez logique pour le plus grand nombre de personnes qui de toutes les façons dépassent rarement les 100 premières pages d’un bouquin … mais pour les autres, pour tous ceux qui s’impliquent chaque jour religieusement dans leurs lectures ?
Est-ce parce que l’esprit a anticipé depuis un moment sur de nouvelles lectures, que toute la magie concentrée en début d’ouvrage s’est progressivement dissipée au fil des pages ou encore parce que l’on se retrouve trop souvent agacés en face de la nature trop explicative (ce qui est l’anti-littérature par excellence à mes yeux) de bien des conclusions ?
Tout n’est point mauvais pourtant …
“De loin, le remorqueur a sifflé; son appel a passé le pont, encore une arche, une autre, l’écluse, un autre point, loin, plus loin…
Il appelait vers lui toutes les péniches du fleuve, toutes, et la ville entière, et le ciel et la campagne, et nous, tout qu’il emmenait, la Seine aussi, tout, qu’on n’en parle plus.”
Voyage au bout de la nuit
“- Annette, ce chien est mité, poussiéreux. Emportez-le, jetez-le.
Tandis que l’on traînait la carcasse au dehors, les yeux de verre la fixèrent avec cet humble reproche des objets que l’on repousse, que l’on veut anéantir. Quelques minutes plus tard, ce qui restait de Bendico fut jeté dans un coin de la cour visité chaque jour par la voirie. Pendant qu’il volait de la fenêtre vers le sol, sa forme se recomposa un instant : on put voir danser dans l’air un quadrupède uax longues moustaches, à la dextre antérieure levée, dans un geste de malédiction. Puis la paix retomba sur un petit tas de poussière livide.”
Le Guépard, Lampedusa
“Un soir il s’assit à sa table devant une feuille de papier blanc. C’était le printemps maintenant. La fenêtre de la chambre était ouverte sur la nuit tiède. L’une des branches du grand acacia qui poussait dans le jardin touchait presque le mur, et il pouvait voir les plus proches rameaux éclairés par la lampe, avec leurs feuilles semblables à des plumes palpitant faiblement sur le fond de ténèbres, les folioles ovales teintées d’un vert cru par la lumière électrique remuant par moments comme des aigrettes, comme animées soudain d’un mouvement propre, comme si l’arbre tout entier se réveillait, s’ébrouait, se secouait, après quoi tout s’apaisait et elles reprenaient leur immobilité.”
L’Acacia, Claude Simon.
“On the way downtown I stopped at a bar and had a couple of double scotches. They didn’t do me any good. All they did was make me think of Siver-Wig, and I never saw her again.”
The Big Sleep, Chandler.
Photo : Arslan
Rocard et les pôles
Le réchauffement climatique a des effets collatéraux imprévus et c’est nue que la France se retrouve aujourd’hui dans ses négociations avec des pays aussi importants et puissants que les Etats-unis, la Russie, le Canada, la Norvège, le Danemark et même la Chine.
En effet, à la faveur de la fonte des glaces, c’est un Eldorado que se disputent aujourd’hui ces puissances. Du pétrole et du gaz à gogo (respectivement 13% et 30% des réserves mondiales) mais aussi du poisson à en-veux-tu en-voilà et l’avantage concurrentiel décisif des navigations circumpolaires qui feraient économiser des heures considérables et réduiraient donc significativement les coûts de fret maritime. Sans parler des inévitables risques accrus de piraterie et de sécurité conséquents.
Bref, c’est un enjeu stratégique de première importance qui est en train de se déclarer sous nos yeux, et c’est la personne de Michel Rocard qui a été chargée par Nicolas Sarkozy d’étudier ces questions en qualité officielle d’Ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux pôles Arctique et Antarctique.
Une nomination saluée positivement par l’ensemble de la communauté scientifique, unanime à reconnaître les compétences de l’ancien premier ministre dans les questions scientifiques (notamment sur les pôles, dossier qu’il suit de près depuis une vingtaine d’années). Une communauté également confiante et à juste titre dans ses qualités de négociateur.
A gauche, Nicolas Sarkozy ne débauche pas que les mauvais.
Remix
Et c’est donc reparti pour un Blog.
